05 janvier 2008
N’est-il pas de ces jours où l’on ne sait que croire ;
Où tout se lève amer au fond de la mémoire ;
Où tout fait remonter les limons amassés,
Sous la surface unie où nos ans sont passés ?
Mémoire ! étang profond couvert de fleurs légères
Lac aux poissons dormeurs tapis dans les fougères,
Quand la pitié du temps, quand son pied calme et sûr,
Enfoncent le passé dans ton flot teint d’azur,
Mémoire ! au moindre éclair, au moindre goût d’orage,
Tu montres tes secrets, tes débris, tes naufrages,
Et sur ton voile ouvert les souffles les plus frais,
Ne font longtemps trembler que larmes et cyprès !
Lui ! s’il a de ces jours qui font pencher la vie,
Dont la mienne est partout devancée ou suivie,
S’il achète si cher le secret des couleurs,
Qui le proclament peintre et font jaillir les pleurs ;
Si tu caches déjà ses lambeaux d’espérance,
L’illusion trahie et morte de souffrance,
Qu’il ne soulève plus que la pâleur au front,
Dans le flot le plus sombre engloutis cet affront :
Qu’il vienne alors frapper à mon cœur solitaire,
Où l’écho du pays n’a jamais pu se taire ;
Qu’il y laisse tomber un mot du sol natal,
Pareil à l’eau du ciel sur une herbe flétrie,
Qui dans l’œil presque mort ranime la patrie,
Et mon cœur bondira comme un vivant métal !
Sur ma veille déjà son âme s’est penchée,
Et de cette âme en fleur les ailes m’ont touchée,
Et dans son jeune livre où l’on entend son cœur,
J’ai vu qu’il me disait : « Je vous parle, ma sœur ! »
......
Marceline Desbordes-Valmore
























